Pas une fleur ne reste

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«…(…)Recueille en vain les étoiles par terre

Pas une fleur ne reste sur les branches.

Rongé de pleurs — vieil homme seul au monde

Maison privée d’enfants — elle est sinistre.

Canards heureux qui plongent dans la mare

Corbeaux heureux qui délaissent le nid.

Eux leurs petits refont surface volent

Eux en spirales montent redescendent.

Mais disparu l’arôme du bébé

A voir ces créatures — les sanglots.

Sans doute c’est le même fil de larmes

Qui loge au cœur des arbres printaniers.

De branche en branche pas de fleur ouverte —

Toutes tombées sous un métal tranchant.

La durée du printemps — comment l’étendre ?

Un gouffre — la déploration du gel.

Pas de source fleurie où l’on se baigne :

Ici les larmes baignent les habits.

Marchant — les pas pourraient blesser la terre

Les racines de l’arbre qui bourgeonne.

Cette candeur le ciel ne la voit pas

S’il sépare le père et son enfant.

Mille bourgeons tombés des branches lourdes

Pas un n’a échappé à son destin

Qui parle ici d’un séjour pour la vie ?

Le printemps n’a jamais poussé la porte..(…)»

André Markowicz – Ombres de Chine

Dire moins

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« L’écrivain, c’est sa fonction, dit toujours plus qu’il n’a à dire: il dilate sa pensée et la recouvre de mots. Seuls subsistent d’une oeuvre deux ou trois moments: des éclairs dans du fatras. Vous dirais-je le fond de ma pensée? Tout mot est un mot de trop. Il s’agit pourtant d’écrire: écrivons…, dupons-nous les uns les autres ».

« Point de salut, sinon dans l’imitation du silence. Mais notre loquacité est prénatale. Race de phraseurs, de spermatozoïdes verbeux, nous sommes chimiquement liés au Mot ».

 

«La science est l’escamotage de la sagesse au nom de la connaissance du monde. Pourquoi cette frénésie de nouveauté ; de nouveauté dans le domaine de la pensée, de la poésie, en tout ? Toujours et encore la nouveauté. C’est ridicule. Je crois que l’idée la plus simple, la plus directe, mais la plus difficile, est celle de vivre avec ses propres contradictions».

 

«Un silence abrupt au milieu d’une conversation nous ramène soudain à l’essentiel : il nous révèle de quel prix nous devons payer l’invention de la parole».

 

«Le vrai contact entre deux êtres, et entre les êtres en général, ne s’établit que par la présence muette, par non-communication apparente, comme l’est toute communion véritable, par l’échange mystérieux et sans parole qui ressemble à la prière intérieure».

 

E.Cioran

Recoller

” faire le tour du propriétaire en comptant les traverses de chemin de fer au carbonylium, et les PENoramas à nouveau, les mûres au fond, se sentir seul quand l’autre dit je suis là, et ramasser des bouts, les recoller, dire voilà qui je suis (j’essuie & construis), casser du bois et fendre le dos des livres” Claude Riehl

Sapiens Architecture

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How does capitalist man in the 21th century express his need for an interior?

The arcade heralds the abolition of the outside world. It abolishes outdoor markets and brings them indoors into a closed sphere.

The antagonistic spatial types of salon and market meld here to form a hybrid.

Man seeks to expand his living room into a cosmos and at the same time to impress the dogmatic form of a room on the universe.

Unspoken

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“In a Country” by Larry Levis

” My love and I are inventing a country, which we

can already see taking shape, as if wheels were

passing through yellow mud. But there is a prob-

lem: if we put a river in the country, it will thaw

and begin flooding. If we put the river on the bor-

der, there will be trouble. If we forget about the

river, there will be no way out. There is already a

sky over that country, waiting for clouds or smoke.

Birds have flown into it, too. Each evening more

trees fill with their eyes, and what they see we can

never erase.

One day it was snowing heavily, and again we were

lying in bed, watching our country: we could

make out the wide river for the first time, blue and

moving. We seemed to be getting closer; we saw

our wheel tracks leading into it and curving out

of sight behind us. It looked like the land we had

left, some smoke in the distance, but I wasn’t sure.

There were birds calling. The creaking of our

wheels. And as we entered that country, it felt as if

someone was touching our bare shoulders, lightly,

for the last time “.

My Lister Route

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« Ils laissent la nature jeter sur eux une lumière favorable. Les caméras brillent comme l’aurore. Tout regard est fixé d’avance. Jamais ils ne sortent d’eux-mêmes et s’imaginent néanmoins conquérir, fût-ce des choses conquises de longue date : ils savent depuis toujours. Les regards des visiteurs s’entassent Et leurs opinions s’entassent sur le sol pollué, comme sur une assiette où le plat principal est noyé dans la sauce.

De même que sur l’écran leur image s’est substituée à eux, de même prétendent-ils se substituer au paysage. Plus ils veulent être à l’unisson de ce qu’ils voient, plus cela sonne faux. S’ils gênent, ce n’est pas parce que, s’interposant, ils barrent la vue, mais parce qu’ils ramènent tout ce qu’ils voient à une simple expérience. Ce qui était forêt devient image. Ce qui était montagne devient image. La nature devient objet. Elle devient plat du jour, et pourtant elle est ce qui se conserve. Elle n’est plus menace. Elle devient simple note sur le bloc d’un serveur, accommodée, garnie, garantie, servie. Oui ils voudraient bien qu’on nettoie la piste, là devant eux, sur laquelle ils ont projeté leur existence. Ils ne s’imaginent tout de même pas que quelqu’un va courir devant eux avec un petit balai, comme au curling. Afin que la piste sur laquelle ils se sont jetés reste glissante. À moins qu’il ne leur faille un tremplin haut dans le ciel pour bondir hors du commun. » Elfriede Jelinek