La maison de ma mère – Leah Goldberg

(À tes grands parents )

Morte la mère de ma mère

Au printemps de ses jours

Et sa fille

Ne gardait pas souvenir de son visage

Son portrait

Gravée au cœur de mon grand père

A disparu du monde des images après sa mort…

Seul son miroir est resté dans la maison

À gagné en profondeur

Avec les années

Dans son cadre d’argent…

Et moi

Sa pâle petite fille

Qui ne lui ressemble pas

J’y plonge aujourd’hui mon regard

Comme dans un lac

Cachant des trésors sous l’eau…

Très loin derrière mon visage

Je vois une jeune femme

Aux joues roses

Souriante portant perruque…

Elle met une longue boucle d’oreille

L’enfilant par un trou minuscule

Dans la chaire délicate…

Très loin derrière mon visage

Étincelle l’or brillant de ses yeux

Et le miroir perpétue la tradition familiale :

Elle était très belle….

Cry

“Call and Answer” by Robert Bly

I say to myself: “Go on, cry. What’s the sense

Of being an adult and having no voice? Cry out!

See who will answer! This is Call and Answer!”

We will have to call especially loud to reach

Our angels, who are hard of hearing; they are hiding

In the jugs of silence filled during our wars.

Have we agreed to so many wars that we can’t

Escape from silence? If we don’t lift our voices, we allow

Others (who are ourselves) to rob the house.

How come we’ve listened to the great criers—Neruda,

Akhmatova, Thoreau, Frederick Douglass—and now

We’re silent as sparrows in the little bushes?

Some masters say our life lasts only seven days.

Where are we in the week? Is it Thursday yet?

Hurry, cry now! Soon Sunday night will come.

La petite lumière

« c’est comme ça que les ruisseaux, les torrents, les fleuves se forment… je me disais avec émotion. Des masses d’eau qui gonflent petit à petit et attirent et puis englobent avec la force croissante de leur avancée d’autres masses d’eau plus petites qui descendent le long de la montagne abrupte, alors que d’autres se perdent, ça et là, sans avoir eu la force de se transformer en ruisseaux, en torrents, en fleuves. Des ruisselets identiques en apparence, qui se sont formés comme ça, en quelque endroit inconnu et hors du monde, là où personne ne peut les voir, et qui sortent ensuite lorsqu’ils sont déjà gros, impétueux, creusant leur lit dans les gorges des montagnes, dans les vallées et puis dans les grandes plaines, et personne ne peut plus les arrêter… »

Antonio Moresco, La petite lumière, p 57.

 

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Sourires d’Edelweiss

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Chaque matin du haut de cette tour je me demande si il y a encore une place pour le Rossignolet du bois ?

Semblant de linéarité, effort de transparence, l’avenir des surfaces vierges, forets des expansions, havre de paix parmi nos amis robots, nos frères, auxquels nous apprendrons  à se marier bientôt. Notre plasticité a des sourires d’edelweiss.

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Every morning from the top of this tower I wonder if there is a place left for the Rossignolet du bois?

Apparence of linearity, effort of transparency, the future of virgin surfaces, forests of expansions, haven of peace among robots, our brothers, whom we will learn to marry soon. Our plasticity has smiles of edelweiss.

Cheap imitation

« Avez-vous remarqué que dans ce siècle tout est devenu plus vrai, plus véritablement soi-même? Le soldat est devenu un tueur professionnel; la politique, du banditisme; le capital, une usine à détruire équipée de fours crématoires; la loi, la règle d’un jeu de dupes ; l’antisémitisme, Auschwitz; le sentiment national, le génocide. Notre époque est celle de la vérité, c’est indubitable. Et bien que par habitude on continue à mentir, tout le monde y voit clair; si l’on s’écrie : amour, alors tous savent que l’heure du crime a sonné, et si c’est : loi, c’est celle du vol, du pillage. (…) N’oublions pas qu’Auschwitz n’a pas été liquidé pour avoir été Auschwitz, mais parce que la fortune des armes a tourné ; et depuis Auschwitz, il ne s’est rien passé que nous aurions pu vivre comme la réfutation d’Auschwitz. En revanche, nous avons connu des empires fondés sur des idéologies qui se sont avérées dans la pratique n’être que de simples jeux de mots et c’est justement leur nature de jeu de mots qui les rendaient si utilisables, c’est-à-dire en faisait des instruments de terreur efficaces ». Imre Kertész, Un autre, (1997) pp. 84-85