Une trappe dans le plafond

« De tout temps le bruit court ou encore mieux l’idée a cours qu’il existe une issue. Ceux qui n’y croient plus ne sont pas à l’abri d’y croire de nouveau conformément à la notion qui veut tant qu’elle dure qu’ici tout se meure mais d’une mort si graduelle et pour tout dire si fluctuante qu’elle échapperait même à un visiteur. Sur la nature de l’issue et sur son emplacement deux avis principaux divisent sans les opposer tous ceux restés fidèles à cette vieille croyance. Pour les uns il ne peut s’agir que d’un passage dérobé prenant naissance dans un des tunnels et menant comme dit le poète aux asiles de la nature. Les autres rêvent d’une trappe dissimulée au centre du plafond donnant accès à une cheminée au bout de laquelle brilleraient encore le soleil et les autres étoiles. Les revirements sont fréquents dans les deux sens si bien qu’un tel qui à un moment donné ne jurait que par le tunnel peut très bien dans le moment qui suit ne jurer que par la trappe et un moment plus tard se donner tort de nouveau. Ceci dit on n’en est pas moins certain que de ces deux partis le premier se dégarnit au profit du second. Mais de façon si lente et si peu suivie et bien entendu avec si peu de répercussion sur le comportement des uns et des autres que pour s’en apercevoir il faut être dans le secret des dieux. » Samuel Beckett

The geometry of formulae

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“By the way, I read in a recent American bookt hat geometry is the art of making no mistakes in long calculations. I think that this is an un-derestimation of geometry.Our brain has two halves: one is responsible for the multiplication of polynomials and languages, and the other half is responsible for orientation of figures in space and all the things important in real life. Mathematics is geometry when you have to use both halves. See, for instance, “The geometry of formulae”

The geography of the heart

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Desire is like constructivism in architecture:

We never desire something or someone out of a context, we never desire it as an isolated entity even if we want to believe that we really do.

We always desire in a set of data, in a landscape. That’s why Proust said: “I do not desire the woman but the landscape wrapped in that woman”. Obviously we can only sense it and its interpretation depends on our own redundancy and our own tree structure.

Find out the relationship between the different elements that constitute the whole imagery is the key to understand the construction of desire. That’s why I’ve always said that the heart does not have any arithmetic but only geography.

You must always pay attention to whom you share your intimate energy with. Intimacy at this level intertwines your aural energies. So basically if love is real it’s a portal for everything, excavating, lights and shadows. That’s the most beautiful and true landscape you may have and it will be yours forever.

Se réconcilier avec son corps, se réconcilier avec la terre

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“En dissociant le corps et l’âme, nous les dissocions de tout le reste. Nous nous condamnons ainsi à une solitude qui ne peut être compensée que par la violence, à l’égard des autres créatures, de la terre et de nous-mêmes. Car, quelles que soient les frontières que nous traçons, entre le corps et l’âme, entre le corps et la terre, entre nous-mêmes et les autres, les liens, les dépendances et les identités demeurent.

Pour quiconque observe attentivement une foule, il est évident que nous épuisons nos corps de la même façon que nous épuisons la terre. Nos corps sont gras, faibles, tristes, maladifs, laids, à la merci de fabricants de médicaments et de cosmétiques. Nos corps sont devenus marginaux. Comme nos terres marginales, leur inutilité ne cesse de croitre, car nous avons de moins en moins besoin d’Eux. En dehors de certains jeux et passe-temps qui se sont développées dans le jeunesse moderne, nous n’utilisons nos corps qu’à titre de cartons d’expédition qui nous permettent de transporter nos cerveaux et les quelques muscles dont nous avons besoin pour nous rendre au travail.

Quand à nos esprits, ils se consolent manifestement de plus en plus en achetant des choses. Ils n’aspirent plus a vivre leur vie sous forme d’une œuvre théâtrale sublime oscillant entre la tristesse et la joie, et se nourrissent désormais de petites secousses d’avidité, de scandale et de violence.”

Wendell Berry, la santé de la terre.

 

Seule avec mes livres

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La plupart des hommes me ressemblent trop, mes dehors dépouillés, fèces, poils, peau, vêtements au rebut, plus bons à rien, morts. De l’unicité, que peut-on dire que nous n’avons pas déjà dit ? Rien à leur dire, rien à dire. De la façon qu’ils m’apparaissent, je dois apparaître à leurs yeux. La solitude de l’être humain est l’unicité sans fin de l’homme. L’homme est un ; l’homme est seul au monde. Nous sommes l’un, même nous qui chuchotons serrés les uns contre les autres, comme si nous étions deux, comme font les enfants, qui en savent autant que nous, et font semblant, tout en y croyant, qu’il y a là-bas un autre.
William Bronk

Ma main dans ton miroir

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Je lui demandais ce qu’il entendait par un miroir : «Une machine, me répondit-il, qui met les choses en relief, loin d’elles-mêmes, si elles se trouvent placées convenablement par rapport à elle. C’est comme ma main qu’il ne faut pas que je pose à côté d’un objet pour le sentir. » Denis Diderot

Sparrow’s wings

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We through the moments of our early dating
Our own epiphany were celebrating
Of our uniqueness in the scheme of things.
More brave, more light you were than sparrow’s wings,
You stood beside the stairs in dizzy waiting,
And by degrees you led me where path brings
Us through wet lilac-bed of your curating
Through mirrored glass, to place of other things.

And in the night on me then thoughts so tender
Descended and the sanctuary’s gated gilt
Then opened to me, and your form so slender
Was lit by glimmer’s fall on naked tilt,
And I, awake now, joyful, “Bless you” uttered,
And felt myself so brave by blessing muttered,
And watched as gently from you sleep’s breath spilt,
And, turquoise universe towards you stretching
From table to your eyelids lilac built
A bridge, and on them blueish light was etching
Its calm – your hand was warm upon the quilt.

And rivers quivered crystal’s scintillation,
The mountains smouldered, glimmered briny’s shine,
And on your palm moved crystal’s oscillation,
Asleep, you occupied your regal station,
And – god almighty! – you, I knew, were mine.

You then awoke, and what a transformation!
The daily language used for everything,
Our human speech, was swept by inundation.
And “you” acquired a quite new connotation,
For when you spoke it signified a king.

And everything was changed, the elementary,
The humblest, things – yes, even bowl and jug –
Took station with us, guarding like a sentry,
The hardened water now new trenches dug.

And we were led I really don’t know where,
A moment’s mirage, then evaporation,
Whole cityscapes – miraculous affair –
And underfoot was minty sward’s foundation,
And birds along the way flew in formation,
Against the flow the fish were swimming free,
Before our eyes the heavens were unfolding…

Behind us still our fate was grimly holding,
A razor-handed madman, seeking fee.

Arseny Tarkovsky