Between flesh and spirit

“We ask everything of love. We ask it to be anarchic. We ask it to be the glue that holds the family together, that allows society to be orderly and allows all kinds of material processes to be transmitted from one generation to another. But I think that the connection between love and sex is very mysterious. Part of the modern ideology of love is to assume that love and sex always go together. They can, I suppose, but I think rather to the detriment of either one or the other. And probably the greatest problem for human beings is that they just don’t. And why do people want to be in love? That’s really interesting. Partly, they want to be in love the way you want to go on a roller coaster again — even knowing you’re going to have your heart broken. What fascinates me about love is what it has to do with all the cultural expectations and the values that have been put into it. I’ve always been amazed by the people who say, “I fell in love, I was madly, passionately in love, and I had this affair.” And then a lot of stuff is described and you ask, “How long did it last?” And the person will say, “A week, I just couldn’t stand him or her.”

Susan Sontag

La condition de l’humanité

Il est possible que la passivité où plonge la honte individuelle, ou la faiblesse à laquelle voue l’humiliation sociale, ou la vulnérabilité qui creuse d’heure en heure la contemplation solitaire, explorent plus la condition de l’humanité que l’orgueil d’appartenance, les rapports de force à l’intérieur du groupe, le fonctionnement haineux, belliqueux, attroupant, excité, qui le réconforte.    

Pascal Quignard, Les désarçonnés, Grasset, p 312

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Stabilité hors ciel hors sol

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« Stabilité. Je ne veux pas me développer dans un sens défini, je veux changer de place, c’est bien, en vérité, ce fameux « vouloir-aller-sur-une-autre-planète », il me suffirait d’être placé juste à côté de moi, il me suffirait de pouvoir concevoir comme une autre la place qui est la mienne. » Kafka, Journal, 24 janvier 1922

Bavardage universel / Universal Talk

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« La phrase du récit et la phrase de la vie quotidienne ont toutes deux pour rôle un paradoxe. Parler sans mots, se faire entendre sans rien dire, réduire la lourdeur des choses à l’agilité des signes, la matérialité des signes au mouvement de leur signification, c’est cet idéal d’une communication pure qu’il y a au fond du bavardage universel, de cette manière de parler si prodigieuse où, les gens parlent sans savoir ce qu’ils disent et comprenant ce qu’ils n’écoutent pas, les mots, dans leur emploi anonyme, ne sont plus que des fantômes, des absences de mots et font régner, par cela même, au milieu du bruit le plus étourdissant, un silence qui est vraisemblablement le seul dans lequel l’homme puisse reposer, tant qu’il vit ».  Maurice Blanchot, La part du feu

Les instruments, les fleurs, les pâtisseries, les partitions roulées, les cerfs-volants, les visages, les plats d’étain, les vins.

“Un jour qu’il concentrait son regard sur les vagues de l’onde, s’assoupissant, il rêva qu’il pénétrait dans l’eau obscure et qu’il y séjournait. Il avait renoncé à toutes les choses qu’il aimait sur cette terre, le Regrets qu’il avait composé quand son épouse l’avait quitté une nuit pour rejoindre la mort, il eut très soif aussi. Il se leva, monta sur la rive en s’accrochant aux branches, partit chercher sous les voûtes de la cave une carafe de vin cuit entourée de paille tressée. Il versa sur la terre battue la couche d’huile qui préservait le vin du contact de l’air. Dans la nuit de la cave, il prit un verre et il le goûta. Il gagna la cabane du jardin où il s’exerçait à la viole, moins, pour dire toute la vérité, dans l’inquiétude de donner de la gêne à ses filles que dans le souci où il était de n’être à portée d’aucune oreille et de pouvoir essayer les positions de la main et tous les mouvements possibles de son archet sans que personne au monde pût porter quelque jugement que ce fût sur ce qu’il lui prenait envie de faire. Il posa sur le tapis bleu clair qui recouvrait la table où il dépliait son pupitre la carafe de vin garnie de paille, le verre à vin à pied qu’il remplit, un plat d’étain contenant quelques gaufrettes enroulées et il joua le Tombeau des Regrets.

Il n’eut pas besoin de se reporter à son livre. Sa main se dirigeait d’elle-même sur la touche de son instrument et il se prit à pleurer. Tandis que le chant montait, près de la porte une femme très pâle apparut qui lui souriait tout en posant le doigt sur son sourire en signe qu’elle ne parlerait pas et qu’il ne se dérangeât pas de ce qu’il était en train de faire. Elle contourna en silence le pupitre de Monsieur de Sainte Colombe. Elle s’assit sur le coffre à musique qui était dans le coin auprès de la table et du flacon de vin et elle l’écouta.

C’était sa femme et ses larmes coulaient. Quand il leva les paupières, après qu’il eut terminé d’interpréter son morceau, elle n’était plus là. Il posa sa viole et, comme il tendait la main vers le plat d’étain, aux côtés de la fiasque, il vit le verre à moitié vide et il s’étonna qu’à côté de lui, sur le tapis bleu, une gaufrette fût à demi rongée”

Pascal Quignard

The way home.

 

”See what a persuasive force the air has after a thunderstorm! My merits become evident and overpower me, though I don’t put up any resistance, I grant you.

I stride along and my tempo is the tempo of all my side of the street, of the whole street, of the whole quarter. Mine is the responsibility, and rightly so, for all the raps on doors or on the flat of a table, for all toasts drunk, for lovers in their beds, in the scaffolding of new buildings, pressed to each other against the house walls in dark alleys, or on the divans of a brothel.

I weigh my past against my future, but find both of them admirable, cannot give either the preference, and find nothing to grumble at save the injustice of providence that has so clearly favoured me.

Only as I come into my room I feel a little meditative, without having met anything on the stairs worth meditating about. It doesn’t help me much to open the window wide and hear music still playing in a garden”

by Franz Kafka (1913)
Translated by Willa and Edwin Muir
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