Les noms s’entendaient par cela même qu’ils désignaient, apprendre sans savoir, langue crue.
Les verbes eux seuls ne peuvent rien dire, coupent les mains, bouchent la voix, ils précèdent, ils sont les architectes sans plan de l’univers; chus dans leur chair, saturés d’images, ils fracturent, ouvrent ce que les mots récolteront.
Les verbes viennent après que les mots, une quantité de mots, une excroissance, commencent à s’oublier. Les mots dépassés, retour à naître et mourir, matrice verbale féconde, articulant la terre au ciel, dont l’enveloppe ample accueille chimères et bienheureux présages. Inventer des verbes prolonge la suite nommable. Tentation d’appauvrir, de supprimer les mots, d’oublier les verbes, bluffer la parole.
Tu reçois les images, tu ne fais que raconter les images qui passent devant tes yeux, tu inventes l’histoire, tu mets des mots sur le temps, tu fais l’histoire d’une histoire ruminée qui te précède, tu hésites, ce décalage est peut-être à éclaircir, tu lorgnes sur l’ombre qui recule.
Parfois uniquement des plans fixes de visages qui parlent que tu n’entends pas qui font que les images se floutent. Tu sais que tu es libre de les doubler comme bon te semble, qu’est-ce que cela changerait ? Quelque soit le texte, inlassablement la même histoire, quand plus personne n’est là pour l’écouter, quand les visages n’interrompent plus le défilement, tu imagines qu’ils te racontent tout autre chose. Au matin deux chemins identiques. Tu poursuis le chemin sinueux.

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