« je ne veux m’engager dans rien (…) tenir les mains toujours complètement libres dans l’air, n’entrer dans aucune écorce, ne toucher à rien du moins directement, que les choses viennent avec des pieds muets, d’elles- mêmes elles entrent sans que j’entende aucun éclat de porte qui s’ouvre et se ferme, aucune ligne droite, aucune blessure, je ne les toucherai pas. » (1933) A. Giacometti, Ecrits, Hermann, 2001, p. 161.
« […] j’ai fait un immense progrès, maintenant je n’avance qu’en tournant le dos au but, je ne fais qu’en défaisant. » Alberto Giacometti, « Notes sur les copies », Écrits, ibid., p. 97.
Je suis née un matin sur le bord d’une mer trop salée. S’y baigner, c’était s’y brûler. Mais elle était belle, cette mer, elle obscurcissait le jour et son souffle de feu racontait aux enfants la vie des profondeurs. Et puis j’ai dû quitter la mer. Je suis devenue sourde à la tristesse du monde. J’ai cru à la douceur du ciel, aux nuages légers, à la rosée des aubes. Jusqu’au jour où j’ai vu de grands oiseaux déchiqueter des corps. La mer alors en moi a commencé à sourdre. Et bientôt, je le sais, elle me submergera.
Enfant, j’étais bonne élève. Excellente même. Et cela n’avait rien d’extraordinaire. J’étais fille de médecin. J’avais même vaguement conscience de mon privilège, et ce privilège me gênait un peu. Je refusais souvent que mes parents m’aident à faire mes devoirs. Je me souviens même d’avoir parfois, non sans quelque véhémence, voire avec brutalité, rabroué mon père , lorsqu’il me proposait de jeter un coup d’œil sur mes brouillons. Je me faisais plaisir, bien sûr, je me donnais bonne conscience sans trop le savoir. J’ignorais que cela ne changeait rien à l’injustice, à l’inégalité de fond: c’était le contexte, l’atmosphère, toutes les suggestions indirectes, l’accès facile à la culture, aux livres, à l’art, la valorisation tacite de l’immatériel, qui constituaient mon véritable privilège, et je n’y pouvais rien. Au moins n’ai-je jamais fréquenté, ce n’était pas notre monde, la bourgeoisie d’argent, ni les milieux polis et péteux de nos belles élites culturelles. En plus j’étais – et je suis demeurée- une provinciale.
Mais ce n’est pas de cela que je voulais vous parler.
J’étais une bonne élève, excellente même, et ça ne changeait rien. D’ailleurs, je n’étais pas si bonne que ça. Mauvaise en travail manuel. J’ai appris à me servir un peu de mes mains. Et j’ai fini, au prix de gros efforts, étalés sur de longues années, à maîtriser (à peu près) mes mains, elles me servent à compter le vide. Comme disait Thomas Bernhard:
Les êtres qui ont vraiment été importants dans notre vie peuvent se compter sur les doigts d’une seule main, et, bien souvent, cette main se révolte contre la perversité que nous mettons à vouloir consacrer toute une main à compter ces êtres, là où, si nous sommes sincères, nous nous en tirerions probablement sans un seul doigt. “
Quand mon père avait soif, il demandait qu’on lui apporte un verre d’eau. Il n’allait pas se le verser lui-même. Non qu’il ignorât comment tourner le bouton d’un robinet : il se rasait tous les matins. Il ne devait pas savoir où se trouvaient les verres. De fait, mon père n’a jamais su faire autre chose de ses mains que ceci : écrire, et tourner les pages d’un livre. Il pouvait aussi lui arriver, les grands jours, de se saisir d’un sécateur et de couper, sur nos rares plantes d’intérieur, tout ce qui lui paraissait une excroissance superflue ou suspecte. Nous avions alors grand peur. Pour les plantes. Et pour lui, qui risquait fort de se blesser.
Mon père n’a bien sûr jamais fait la cuisine, ni mis le couvert, ni débarrassé la table, ni fait la vaisselle. Il n’a fait son lit que pendant son service militaire. Et il n’en a jamais changé les draps. Il n’a jamais passé l’aspirateur. Il n’aurait sans doute pas su l’allumer. Il me semble pourtant qu’il changeait les ampoules grillées : nul autre que lui ne pouvait toucher à l’électricité, on pouvait en mourir, il se sacrifiait.
À certains égards, on pourrait penser que je suis la digne continuatrice de mon père. Je ne cuisine jamais. Sauf quand je suis seule. Je ne sais pas utiliser un micro-onde.
Cela dit, je suis un être paradoxal. Ou alors un être pleinement cohérent. Les intellectuels s’enorgueillissent, eux, de ne pas savoir planter un clou. Leur rapport à la matérialité du réel se limite à l’alimentaire. Ils ne savent pas déboucher un évier, changer un commutateur, monter un meuble IKEA, fixer des tringles à rideaux, passer un rénovateur sur leur parquet fatigué. Or moi, durant toute une année, j’ai essayé de faire tout cela et bien d’autres choses encore. Par quoi je démontre que je ne suis pas la fille de mon père. Et surtout que je n’ai jamais réussi à devenir une intellectuelle – qui se doit d’être maladroite en toutes circonstances, sauf, éventuellement, devant ses fourneaux. Mon intégration au milieu de mangeurs de poisson en papillote que je suis censée fréquenter et dont je suis censée partager l’habitus, apparaît à cet égard encore bien incomplète. En fait, cette cause est perdue.
J’ai surtout appris à oser, à ne pas avoir honte de ma maladresse, à révérer la matière.
Life emerges from “unstable balances”. If there was stability everywhere, there would be no life. But instability is anguish, discomfort, danger. And the world lives of it, forever restless. Hence the rubbish of these “City of the Sun”, of these “Utopias”, whose essence is eternal happiness. Meaning a definitive “stable equilibrium”. This is not how you determine the “future”, but mark the death.
I spent years wanting to learn everything, understand every phenomenon, and once i felt I almost accomplished some of it, i was hit by Kohelet 1:18. This is why i decided to undo the weaving, empty the alveoli, dilute the paint. Return to my first year at school with that big metaphysical question : Do you have a blue pen ?
Windy morning outside Inside the silence is even more sonorous in the margins a few words detached from vague sentences not pronounceable clarity, draft draft clarity Moths joining the empty shell of the morning precious empty shell where you can hear the night setting useful shell in another world.
When we stop the reflections starts again multiplied abolishing the step and the path taken.
Rare and short respites taken for walks vague weightless exercises. Until the long holidays which require total rest an immobile elsewhere.
City bells ring elsewhere in yesterday and tomorrow capsize in the body hitting the fog and noises The outside would be barely acceptable if it weren’t for the wind that pushes into the cave.
The smell of rain lifts the veil the torrent, the wind, the man above like a tragic farce clutter silence itself finding no place there.
Then the paths came numerous all with narrow, tiny edges of stringy and infinite duration on them we could see the heads of the scouts very distant because they were extraordinarily grotesque.
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